L’ambiance était électrique, ce mercredi, au sein de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). Pour la première fois depuis l’ouverture de son procès, l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, a comparu devant la chambre de jugement, marquant le coup d’envoi d’un dossier qui promet de tenir la chronique judiciaire en haleine. Loin de courber l’échine, l’ex-haut magistrat a immédiatement donné le ton de sa stratégie de défense : un rejet en bloc des chefs d’accusation et une contestation rigoureuse des preuves présentées par le ministère public.
À la barre, celui qui a longtemps incarné l’autorité juridique suprême du pays a fait preuve d’une assurance toute procédurale. Vêtu avec sobriété, il a patiemment écouté le réquisitoire avant de se lever pour livrer un plaidoyer vibrant. D’une voix ferme, Mohamed Lamine Bangoura a nié avec vigueur les faits de détournement de deniers publics, de corruption, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux. Il a martelé que sa gestion aux commandes de l’institution avait toujours été exemplaire et conforme aux règles.
Le cœur du débat judiciaire s’est rapidement focalisé sur un montant précis : 20 milliards de francs guinéens. Interrogé par le président de la chambre, le juge Yagouba Conté, sur cette somme qui lui serait imputée, l’ancien président a rétorqué par une objection de taille. Il a contesté la réalité de ce chiffre, estimant qu’« un détournement ne saurait être établi sans démontrer au préalable l’existence effective des fonds concernés ».
Décortiquant avec minutie le réquisitoire, il a apporté un éclairage technique sur les rouages financiers de la Cour constitutionnelle. « Durant mon mandat, la Cour ne bénéficiait pas d’une dotation budgétaire annuelle globale de cette ampleur », a-t-il affirmé. Il a expliqué que le fonctionnement de l’institution reposait sur une subvention trimestrielle de 1,2 milliard de francs guinéens, allouée aux dépenses courantes. Il a également évoqué un poste budgétaire distinct, relatif à la location du siège, dont le coût avoisinait les 11 milliards de francs guinéens par an, précisant que cette charge était assumée en dehors de la dotation périodique.
En détaillant ces mécanismes, Mohamed Lamine Bangoura a tenté de saper les fondations du dossier d’accusation, suggérant une possible confusion dans les écritures comptables ou une construction artificielle des chiffres. Son intervention, respectueuse mais inflexible, a posé les bases d’une défense déterminée à se battre sur le terrain des preuves tangibles et de la rigueur budgétaire.
Malgré la densité des échanges et la tension palpable, l’audience n’a pas pu aborder le fond du dossier. Après plusieurs heures de débats préliminaires et d’explications techniques, le temps a manqué. Le juge Yagouba Conté a donc prononcé la suspension de l’audience en fin de journée.
Le verdict sur le fond reste donc en attente. Les projecteurs de la CRIEF se rallumeront le 23 février prochain pour la suite de ce procès à hauts risques. Cette affaire, qui place face à face une ancienne figure éminente de l’État et la juridiction financière, est d’ores et déjà perçue comme un examen décisif pour la crédibilité de la lutte contre la délinquance économique en Guinée.
Hady Diallo






